Shin Megami Tensei : la première POP était écrite d'avance

La série de démons d'Atlus entre au catalogue Funko en décembre 2026, trente-quatre ans après son premier épisode. Et le personnage choisi pour ouvrir la licence n'est ni un héros ni un boss : c'est un bonhomme de neige souriant qui ne dit qu'un seul mot.

Une première figurine pour une licence de trente-quatre ans

Shin Megami Tensei existe depuis 1992 et n'avait jamais eu la moindre POP. Pour une franchise qui a donné naissance à Persona, c'est-à-dire à l'une des séries japonaises les plus vendues de la dernière décennie, le vide avait de quoi étonner.

Le timing est d'ailleurs curieux. Kazuyuki Yamai, producteur des quatrième et cinquième épisodes, a reconnu publiquement qu'Atlus avait plusieurs anniversaires à célébrer prochainement, mais que Shin Megami Tensei n'en faisait pas partie. Il a qualifié 2026 d'« année de préparation » pour les titres dont il a la charge.

Autrement dit, la série n'est pas en pleine lumière. Elle reçoit sa première figurine dans un moment creux, ce qui rend le choix du personnage encore plus parlant.

Pourquoi Jack Frost et pas un autre ?

La description officielle de Funko ne laisse aucune ambiguïté sur ce à quoi la figurine rend hommage : « Instantly recognizable by his mischievous grin and iconic "Hee-ho!", Jack Frost is one of Shin Megami Tensei V's most beloved demons. »

Deux choses à retenir dans cette phrase.

La première, c'est le rattachement explicite au cinquième épisode. Ce n'est pas une figurine générique de la franchise mais une référence au jeu de 2021, celui qui a installé la série sur Switch et dont la réédition Vengeance a élargi le public en 2024. Funko documente une version précise du personnage, pas son archétype.

La seconde, c'est le « Hee-ho ». Jack Frost ne parle pas, il ponctue. Cette interjection est devenue le signe de reconnaissance d'une série par ailleurs réputée pour son austérité et sa dureté, et elle fonctionne comme un contrepoint : au milieu d'un bestiaire de divinités déchues et de créatures mythologiques inquiétantes, Atlus a placé une mascotte adorable qui glousse.

Il avait déjà porté la franchise en Occident

Voilà ce qui rend ce choix inévitable avec le recul.

En 1995, le tout premier jeu de la franchise Megami Tensei à sortir hors du Japon n'était ni un Shin Megami Tensei ni un Persona. C'était Jack Bros., un jeu de labyrinthe développé par Atlus pour la Virtual Boy, sorti en septembre au Japon et en octobre en Amérique du Nord, avec Jack Frost en tête d'affiche.

Le jeu est resté dans l'histoire pour deux raisons. Il a servi d'ambassadeur involontaire à une série que l'Occident ne découvrirait vraiment que des années plus tard. Et il est devenu, par la grâce du désastre commercial de la console, l'une des sorties nord-américaines les plus rares de la Virtual Boy.

Trente et un ans plus tard, le même personnage ouvre la licence chez Funko. Le parallèle est trop beau pour être un hasard de catalogue.

Mon avis sur cette sortie

Jack Frost est le seul choix défendable pour une première POP Shin Megami Tensei, et Funko a eu raison de ne pas hésiter. Ni le Nahobino, le protagoniste du cinquième épisode, ni Lucifer n'auraient fonctionné : le premier est un héros muet que personne ne reconnaîtrait hors de son jeu, le second existe dans trop d'autres licences pour signifier quoi que ce soit. Jack Frost, lui, est identifiable même par des gens qui n'ont jamais lancé un SMT.

Mais une seule figurine, sur cette licence précisément, c'est une erreur de dosage.

Shin Megami Tensei n'est pas une série de personnages, c'est une série de bestiaire. Son attrait tient à la collection, à la négociation, à la fusion de centaines de démons tirés de toutes les mythologies. Un démon seul sur une étagère ne raconte rien. Il lui manque un vis-à-vis.

Et le vis-à-vis évident, c'était Pixie. Jack Frost et Pixie forment le duo de départ de pratiquement tous les épisodes de la série, les deux premiers démons que n'importe quel joueur recrute dans sa première heure de jeu, et le couple que le fandom traite comme indissociable depuis trente ans. Sortir l'un sans l'autre, c'est sortir une moitié de blague.

Reste donc une référence suspendue. Si Funko enchaîne avec une Pixie, un Mothman ou une Alice, cette POP deviendra la pièce fondatrice d'une des gammes les plus riches possibles sur le papier. Si la licence s'arrête là, elle restera un objet orphelin, joli mais sans contexte. Précommandes ouvertes, sortie annoncée pour décembre 2026.

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